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  • Antoine BonnefilleRoualet

Une journée à l'hôpital baskets aux pieds !

C'est vrai que depuis le début de notre aventure, nous n'avons pas partagé beaucoup de choses, sur le procédé exact de notre action à l'hôpital. Nous naviguons sans cesse entre l'intimité, le respect et le secret médical auquel nous sommes tenus.


Mais si ça vous intéresse, prenons quelques petites minutes au coeur d'une journée type, baskets aux pieds. (en italique, vous trouverez quelques uns de mes ressentis ou moments vécus auprès des enfants...)


Pour commencer et afin de situer un peu plus l'axe majeur de nos interventions, sachez que nous avons fait le choix d'apprendre à intervenir en priorité, dans des services d'hémato-oncologie pédiatriques.

Pourquoi ? Clin d'oeil aux clowns du Rire Médecin qui en 2018, nous ont fait rentrer par la petite porte de ce service de l'hôpital Trousseau à Paris.

Depuis et parce que nous maitrisons les gestes, le langage et la pédagogie, il est simple de reproduire le schéma pour étendre nos actions à d'autres établissements de France et de Suisse.


Mais revenons à l'essentiel, une journée "type" baskets aux pieds se prépare en amont avec en priorité, une prise de contact auprès du personnel référent au service.

La plupart du temps, nous traitons avec la personne responsable des animations et/ou, la ou le cadre de santé responsable de la vie du service.

Comme les écrits restent et que nous aimons conserver une trace de chaque passage à l'hôpital, nous passons par le clavier pour coucher nos demandes.


Une fois le rendez-vous pris, nous préparons notre venue, comme un écolier prépare son cartable ou un comédien, son spectacle. Il nous arrive aussi de répéter certains gestes ou façons de faire et de dire ou de réagir. Rien n'est laissé au hasard, la moindre faute est impardonnable et peut être compliquée à gérer.


Nous faisons donc le tour de notre outil d'intervention (casque).


- Fonctionne-t-il correctement ?

- Est-il chargé ?

- Mis à jour ?

- Ai-je de nouvelles images ?

Il est important de faire le tour complet du matériel car c'est une source d'angoisse en moins. Une fois le rendez-vous pris auprès du service, les enfants sont avisés et nous attendent de pied ferme.

C'est là que réside une grande partie de la définition de "l'engagement", peu de choses sont plus importantes que l'aide apportée à ceux qui en ont besoin.


Le "jour-j" arrivé, nous nous présentons directement dans le service et plus exactement au vestiaire ou dans une salle dédiée au stockage et à la gestion des animations (tout dépend des établissements).

Nous nous installons tranquillement, c'est l'occasion de nettoyer une première fois notre matériel et d'échanger avec les autres intervenants du jour (professeurs, conteurs, clowns, etc...), un moment de conditionnement et de partage autour d'un bon café.


Ensuite et matériel en main, nous prenons un temps précieux et indispensable avec une personne responsable du service afin de réaliser ce que l'on appelle une "transmission". Cette dernière nous permet d'en savoir plus sur chaque enfant accompagné, sa pathologie, son état physique et émotionnel du moment.

Nous ne rentrons pas dans une chambre comme dans un moulin, le respect prime et la discipline règne. Chaque enfant est unique et notre approche doit être adaptée. Au-delà de la discipline, c'est un devoir.


Une fois cette transmission médicale terminée, nous nous dirigeons vers la première chambre à visiter.


"C'est un moment fort que j'affectionne particulièrement, le corps et l'esprit se conditionnent. Je rentre dans une bulle de concentration qui permet à chacun de mes gestes d'être maitrisés avec soin et respect."


Après un dernier nettoyage intense sur le pas de la porte, c'est le grand saut. "Toc Toc", la porte s'ouvre, le premier regard est offert à l'enfant. Sourire aux lèvres, nous devons lui faire comprendre en une fraction de seconde, que le moment qui va suivre sera chouette.

Le second regard, quant à lui, est à destination du parent ou de l'accompagnant, afin de le rassurer tout autant.

Ces premiers regards sont très importants, ils apaisent et conditionnent notre intervention ainsi que sa qualité.


La rencontre physique faite, il est temps d'installer un climat de confiance. Pour cela, nous tentons en quelques secondes de rassembler visuellement une grande partie de son univers et de ce qu'il aime.


"J'aime jeter ma curiosité sur la tablette de son lit, 40cm2 qui en disent long sur ce qu'il aime. D'un livre, j'en déduis un univers, d'un paquet de gâteau j'en créé un désir partagé et d'une manette de console, j'en raconte les jeux de mon enfance. Je n'improvise pas, c'est une lecture bienveillante et fantastique que j'affectionne..."


Nous aimons créer un climat de confiance dans le partage et la découverte de l'enfant. Savoir qui il est, ce qu'il aime, d'où il vient... C'est important qu'il sente que l'on s'intéresse à lui autrement qu'au travers de sa maladie.

Notre devoir d'intervenant est de créer du lien, ainsi nous écrivons ensemble l'histoire d'une nouvelle rencontre et nous gravons sans même le savoir, un souvenir commun grâce au futur voyage hors des murs.

BAP, c'est un instant vécu en pleine conscience, au milieu du chaos, mais dans lequel nous tentons de faire briller la vie.


Après ça, nous voilà en confiance et prêts pour une immersion baskets aux pieds. Il ne reste plus qu'à équiper notre voyageur des temps modernes. Un instant délicat, effectué dans le respect et l'écoute. Le contact physique amène un sentiment de pudeur que l'on ne doit pas sous-estimer tant il fait partie de la vie de l'enfant. Quelques secondes plus tard, le voilà loin de tout, proche de l'essentiel...


"J'aime d'ailleurs m'asseoir face à lui, je le sais loin de nous mais proche de celle que j'aime. La nature, vue du ciel, offre des sensations uniques. Les émotions basculent, le corps vibre puis lâche prise. Chaque tableau parcouru est unique, la beauté des éléments s'enchaine avec douceur et offre un second souffle aux vertus salvatrices.

Malheureusement, les minutes s'évadent au rythme des secondes, mais son corps s'allège, son esprit se libère et il m'arrive très souvent d'observer un sourire d'ange, perdu au coin des lèvres, celui que l'on ne commande pas et qui nous surprend si on l'attrape au vol. Dans ces instants de magie, la nature révèle ce qu'elle a de meilleur..."


L'expérience vécue par un enfant n'est pas commune, elle marque son esprit et résonne comme une note d'espoir en lui. Il en construit des rêves, échafaude des plans et sait, au fond de lui, que tout ça existe et qu'une fois guéri, il pourra aller de lui-même s'il le souhaite, remercier celle qui l'a inspiré...


Une fois le voyage terminé, c'est un autre moment intense auquel nous assistons. Le visage d'un enfant ne trompe pas... Nous lui laissons une respiration avant d'exprimer son ressenti. C'est important qu'il puisse mettre des mots sur ce qu'il a vécu. Son état émotionnel a changé, c'est une rencontre entre son corps et son esprit qui éveille ses sens et sa curiosité à laquelle nous répondons.


Chaque mot que nous lui donnons en retour d'une interrogation, est indispensable à l'assimilation des informations visuelles qu'il a pu recevoir. Nos images sont accompagnées de musique mais ne contiennent aucune information. Nous souhaitons que le voyage soit un moment unique fait de contemplation et non d'intellectualisation. En revanche, une fois le voyage terminé, un axe éducatif mais aussi, écologique, prend le relais et poursuit l'expérience au-delà du casque.


Pour exemple, voici quelques échanges très souvent initiés :


"Raconte moi ce que tu as vu... Tu as survolé tel et tel pays, les connaissais-tu ? Serais-tu les situer sur une carte de France ou du monde ? Sais-tu que cette nature aussi belle qu'elle puisse être, souffre énormément du comportement des Hommes ? Il te faudra donc la protéger plus tard si tu veux qu'elle reste aussi belle."


Avec le CHU de Brest (bientôt référencé BAP), nous avons ébauché une possible collaboration avec le corps enseignant qui intervient auprès des enfants. Chaque voyage BAP éveille une curiosité que les professeurs peuvent assouvir de manière plus ludique et purement éducative. Rien n'est encore établi mais nous y travaillons.

Plus nous avançons, plus BAP nous offre un champ des possibles que l'on ne soupçonnait pas à sa création...


Du coté purement médical, la VR (réalité virtuelle) s'exprime aussi de manière très positive et n'a de cesse de nous surprendre chaque jour !

Nous observons chaque comportement et chaque signe extérieur délivré par le patient. Nous y découvrons de nombreuses vertus dont la faculté de cette technologie à détourner l'attention, une aide précieuse lors de l'application de certains soins compliqués. Nous travaillons donc auprès des équipes médicales afin d'accompagner les gestes pouvant être anxiogènes. C'est aussi un bon moyen de réduire le ressenti de la douleur.

Les techniques non-médicamenteuses offrent une meilleure gestion du parcours de soins.


"Je me souviens de cette petite fille cloitrée au fond d'une chambre stérile. Alors à peine âgée de 7 ans, elle avait fait de cette bulle jaunâtre et plastifiée, un univers coloré grâce aux nombreux dessins accrochés, faisant office de souvenirs en famille. "Maman, Maman et Moi. Moi et Grand-Père." Sa maman telle une meilleure amie, postée de l'autre coté du rideau, accompagnait chacun de ses mots et chacune de ses réactions afin de faire vivre le tableau imaginaire qui permettait de briser l'ennui.

Puis est venu le temps du voyage, elle prit son rôle d'enfant à coeur, exprimant ainsi toutes les émotions ressenties. C'était fou... Un moment unique et intense.

Une équipe soignante est intervenue à cet instant pour lui prodiguer un traitement qu'elle ne supportait pas. Ils ont souhaité que l'on profite de son immersion pour tenter de le lui administrer "discrètement" depuis "la sourie" (sonde gastrique). Un test qui s'est avéré bénéfique puisqu'elle ne s'est rendue compte de rien. A son retour sur "terre", elle n'a pas cessé une seconde de nous raconter son voyage. Ce soir là, je suis rentré avec une émotion supplémentaire à la maison..."


Bref, je ne vais pas vous occuper la soirée ! Voici le récit d'une infime partie de ma journée. A cet instant, il est aux alentours de 10h30 du matin à l'hôpital et nous n'avons visité qu'une chambre. Imaginez que ce qui est écrit ci-dessus, se reproduit de manière unique jusqu'à 17 ou 18h. Mais comme rien n'est jamais pareil, à vous d'imaginer la suite.


Une chose est certaine, ce que l'on vit à l'hôpital, va bien au-delà de l'image que l'on peut s'en faire. En revanche, les besoins existent et nous devons être là...

Antoine Bonnefille-Roualet.


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